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Hoggar et Kalymnos : deux approches complémentaires du voyage en escalade

1) Escalade dans le Hoggar en février 2009

Partir grimper dans le sud Algérien, c’est avant tout une question d’engagement et de confiance. Aucun guide local ne s’aventurera en chaussons sur les grès du Hoggar. Interrogé sur cette question, Lamine Lansari (1), à qui nous avions confié la logistique du voyage, me fixa des yeux un moment et me répondit : « ce n’est pas dans notre culture, mais peut être cela viendra, Inch Allah ». Après avoir compulsé les quelques articles et topos parus sur le sujet, nous quittons Tamanrasset avec un chauffeur et un cuisinier Touareg ravis de repartir.

Notre périple commence par Tissalatine, un beau jardin de pierres des environs offrant une escalade sur des dalles fines et compactes. Quelques passages en fissures et cheminées nous surprendront mais c’est surtout le silence et l’immensité des lieux qui s’imposent. Très vite, un sentiment de profonde liberté à la mesure du chaos rocheux entrecoupé d’oued qui s’étend autour nous plonge dans l’ambiance du désert.

Les voies ouvertes sont récentes et bien équipées ce qui permet de se familiariser avec le rocher avant de s’enfoncer plus loin vers des terrains d’aventure qui nous réservent une tout autre escalade.

En route vers le plateau central du Hoggar où nous bivouaquons au pied de l’Ilamane, une face de 400 mètres en forme d’ogive et constituée d’un rocher fracturé qui inspire la méfiance de l’éboulement. Face à un tel empilement de blocs, nous optons pour la voie normale qui suit une rampe ascendante et s’achève par 100 mètres d’escalade délicate en 4 ou il faut être très vigilant quand à la solidité des prises, équipement quasi inexistant hormis les points de rappel.

Puis nous arrivons à l’Assekrem, un bref passage à l’ermitage du père de Foucault et nous bivouaquons au pied du Tizouyag Sud.

Le Tizouyag est une face exceptionnelle car constituée d’une succession de tuyaux d’orgue alignés les uns contre les autres et séparés par des fissures et cheminées parfois profondes. La plupart des voies empruntent ces tunnels dans lesquels on remonte vers la lumière de sortie pour ensuite basculer dans des dalles bien sculptée et le rocher de couleur ocre est très franc. Nous partons pour les neufs longueurs en 5a/5c de la voie « Deux Croiffants et un Affecrem », un ré-équipement partiel de la voie des Belges de 1961 qui nous apporte une escalade aérienne et de toute beauté avec d’excellents relais.

Puis nous rejoignons l’oasis de Mertoutek et naviguons à travers le Tefedest vers le Nord, une région montagneuse très isolée ou nous croisons quelques nomades éleveurs avec leurs troupeaux et des gazelles qui détalent à notre approche. Le Tefedest compte de nombreux sites préhistoriques riches en gravures et peintures rupestres et c’est toujours un moment de ferveur que de découvrir une belle peinture sous un surplomb. Naturellement, il faut être patient, les braves peintures ne courent pas les blocs…

Nous arrivons au campement de la Garet el Djenoun, la montagne des génies, un des plus beaux sommets de l’Ahaggar. Il a été gravi pour la première fois en 1935 par l’expédition Coche à laquelle appartenait Roger Frison Roche (2). De son sommet s’étend à perte de vue une mer de sable d’où émerge quelques îlots rocheux. C’est une course longue car il faut déjà remonter pendant quatre heures un oued parsemé de gros blocs, sans chemin, avant d’atteindre le pied de la voie et suivre plusieurs systèmes de vires et couloirs ascendants en escalade peu difficile où la recherche de l’itinéraire reste la préoccupation majeure de cette ascension. D’autres ont tracé des itinéraires plus audacieux mais ils nécessitent d’être plusieurs cordées dans cette région absolument déserte et une logistique plus contraignante, en particulier sur le transport de l’eau.

Après une journée de piste, nous rejoignons le massif de Tesnou. C’est un ensemble de dômes posés sur les sables, aux courbes esthétiques, entourés d’oued, dont le plus connu est le dôme de l’éléphant. L’escalade y est plutôt difficile, principalement en adhérence, avec comme prises des petites écailles mais d’un coup on peut aussi déboucher dans une fissure arrondie ou suivre un dièdre de 150 mètres comme dans la voie Cham Nostalgia. La protection est essentiellement sur plaquette et l’espacement entre les points souvent importante. Il n’est pas rare de sortir un 6a avec le dernier point six à huit mètres en dessous. Nous avons particulièrement aimé la voie « La Porte des sables », une dalle de 300 mètres comme un miroir incliné qui se négocie en huit longueurs 6a/6a+ max. Même si l’escalade présente un caractère résolument moderne de par la présence des spits, elle conserve néanmoins un goût de terrain d’aventure de par leur espacement.

(1) Lamine Lansari est directeur de l’Agence Tarakeft à Tamanrasset.

(2) Roger Frison Roche raconte la mission Coche de 1935 dans son livre « L’appel du Hoggar ».

2) Kalymnos en Avril 2009

Le potentiel d’escalade de cette île Grecque du Dodécanèse proche de la Turquie a été découvert en 1996 par des grimpeurs Italiens. Depuis, le nombre de secteurs équipés et l’engouement pour la grimpe n’a cessé de croître au fil des ans. L’international Rock Climbing s’est tenu à Kalymnos en 2000 et a amplifié le phénomène. Le grimpeur a aujourd’hui un choix de plus de 40 sites bien équipés dont une dizaine de qualité exceptionnelle de par la nature du rocher, l’ambiance et la difficulté des voies qui calmeront à coup sûr les plus énervés. Kalymnos est devenue en quelques années l’une des destinations de voyage les plus prisées pour l’escalade sportive.

Le rocher calcaire est très adhérent, parfois abrasif, dans les murs et les dalles mais jamais patiné. Dans les dévers, il est extrêmement sculpté et varié, non agressif, avec un foisonnement de trous, poignées, réglettes. Dans les murs déversants, vous trouverez aussi des colonnettes et des formations caractéristiques en forme de choux fleurs offrant des points de repos aussi impressionnants qu’inespérés.

D’une manière générale, il existe des voies de tous niveaux et le grimpeur de 5 a de quoi se mettre sous le chausson avec de magnifiques dalles mais avouons le, c’est le paradis des dévers. De 6b à 7a/7a+ (le niveau dans lequel nous avons évolué en dévers), ils offrent souvent de bonnes prises avec des sections plus délicates selon la difficulté des voies mais le problème majeur reste de tenir même les bonnes prises jusqu’à la chaîne salvatrice !

Quand la fatigue vous gagne, vous vous apercevez d’un coup que la mer et les plages vous entourent quelques centaines de mètres en dessous. Les villages de Masouri et Myrties comptent des restaurants forts sympathiques où nous avons apprécié les plats de poisson.

Une seule ombre au tableau, les grimpeurs ont tendance à se regrouper sur les sites les plus connus et la concentration est telle qu’il faut parfois patienter avant de pouvoir se lancer dans les voies les plus réputées. Cependant, de nombreuses voies moins connues vous attendent mais il ne faut pas s’attendre à retrouver le silence du Sahara mais plutôt, sur les sites les plus fréquentés, à des cris de grimpeurs dans toutes les langues…

Parmi les sites qui nous ont le plus marqué, citons The Ghost Kitchen, Arhi, Odyssey. Le site de Syblegades Rocks, davantage sur les hauteurs et à l’écart des autres, possède de belle voies et il est moins fréquenté.

L’escalade, bien équipée et souvent sur un rocher magnifique, est très motivante et cela donne au grimpeur un bon mental, ingrédient indispensable à la réalisation de voies difficilles.

Photos : Alain Mellet et Hervé Colombeau

Texte : Hervé Colombeau

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